Autorité de l’agent de Police de Circulation Routière : entre cadre réglementaire, efficacité opérationnelle et défis sur terrain

Kinshasa. Un carrefour saturé, des klaxons, des conducteurs impatients. Le feu passe au vert, mais personne n’avance. Au centre, un agent de circulation lève la main. En quelques secondes, tout s’arrête.

Cette scène, fréquente dans la capitale congolaise, révèle une réalité essentielle : sur la route, l’autorité de l’agent de circulation est supérieure à tout autre dispositif.

Photo sur le net/Radio Okapi

Le Code de la route de la RDC, notamment à travers ses articles 5 et 6, établit clairement ce principe. Les injonctions de l’agent priment sur les feux de signalisation, les panneaux et même les règles générales de circulation. Cette disposition répond à une exigence opérationnelle : permettre une régulation immédiate et adaptée dans un environnement routier instable.

À Kinshasa, la circulation ne suit pas toujours une logique prévisible. Les flux se croisent, se bloquent, se recomposent. Dans ce contexte, l’agent devient un régulateur en temps réel.

Affiche ANESR

Ses gestes constituent un langage précis. Un bras levé impose l’arrêt à tous les usagers, sauf à ceux déjà engagés dans le carrefour qui doivent dégager rapidement. Des bras tendus arrêtent les flux venant de face et de dos, tandis que les usagers situés sur les côtés peuvent circuler. La nuit, le balancement d’un feu rouge devient un signal d’arrêt immédiat et ciblé.

Lorsqu’ils sont correctement exécutés et respectés, ces gestes permettent d’éviter des conflits de trajectoire, de réduire les risques d’accident et de rétablir une certaine fluidité.

Cependant, l’observation du terrain met en évidence des réalités plus complexes. Dans certains cas, l’usage des gestes de régulation s’éloigne de sa finalité première. Il peut être perçu comme un moyen d’interpellation des usagers, sans lien direct avec la gestion du trafic. Dans d’autres situations, l’inexactitude des gestes ou un manque de coordination dans les décisions prises contribue à accentuer les embouteillages au lieu de les réduire.

Il arrive également que certains comportements s’installent dans la pratique quotidienne. Des conducteurs peuvent être ralentis ou interpellés sans raison clairement liée à la sécurité ou à la fluidité, créant parfois une attente implicite d’un geste financier pour faciliter la circulation. Dans le même temps, d’autres conducteurs choisissent, de manière volontaire, d’offrir un pourboire à un agent, souvent perçu comme une forme de reconnaissance ou d’encouragement. Si ce type de geste peut exister dans un cadre informel, il ne peut en aucun cas devenir une condition pour circuler sans difficulté. La régulation de la circulation doit rester strictement encadrée par la loi et guidée uniquement par des impératifs de sécurité et d’organisation du trafic.

Ces pratiques, qu’elles soient liées à des dérives ponctuelles ou à des contraintes du terrain, produisent des effets visibles : confusion, imprévisibilité et perte progressive de confiance des usagers. Pour autant, ces limites ne remettent pas en cause le rôle fondamental de l’agent de circulation.

Dans un système routier où les infrastructures présentent encore des insuffisances et où les dispositifs automatiques ne suffisent pas à eux seuls, la présence humaine reste indispensable. Sans cette régulation directe, plusieurs carrefours deviendraient rapidement ingérables. L’enjeu ne réside donc pas dans la remise en question de cette autorité, mais dans son encadrement et son renforcement. Cela suppose une amélioration continue des compétences, une rigueur accrue dans l’application des gestes et une harmonisation des pratiques. Cela suppose également une meilleure compréhension de la part des usagers, dont le comportement reste un facteur déterminant de sécurité.

Car la circulation routière repose sur un principe simple : la prévisibilité.

Lorsque les règles sont claires, comprises et appliquées, le risque diminue. Lorsqu’elles sont floues ou mal exécutées, le danger augmente. Il est donc important de reconnaître le rôle de ces agents qui, chaque jour, assurent la régulation du trafic dans des conditions souvent difficiles. Leur mission, lorsqu’elle est exercée dans le respect du cadre réglementaire, contribue directement à la protection des vies.

Au final, une évidence s’impose.

Sur la route, un geste ignoré peut provoquer un accident.
Un geste respecté peut sauver une vie.


ANESR
Respecter l’agent, c’est respecter la vie.
Agir ensemble pour sauver des vies.

Chave MFUENI – Experte en Sécurité Routière

Affiche ANESR